Se ressourcer à la fontaine de la vie communautaire

Lorsque nous préparions une poignée d’enfants scolarisés au baptême, ma collègue demandait à chacun de prendre, à tour de rôle, une image relative à l’eau pour en décrire la signification. Il y avait l’inondation et la sécheresse, la purification dans une rivière et l’abreuvement dans une fontaine, l’arrosage et le barrage.

Au moment d’écrire ces lignes, je réalise combien je viens de vivre plusieurs histoires d’eau contrastées, et en 3D, dans notre Région ! Sans recours au photolangage, je puis rendre témoignage d’un printemps sous le signe d’une eau tantôt menaçan2015-06-07_13-13-56te, bienfaisante, désaltérante ou déficiente. Pour ce qui est de l’excès, je me souviens de cette pluie diluvienne début mai. Lignes de chemin de fer et routes coupées. Niveau d’eau jamais atteint dans certaines rivières. Mare à canards dans le pré de Crêt-Bérard pour la journée oecuménique des enfants. Pour ce qui est des coupures d’eau, j’en ai vécu une nouvelle, au mois d’avril, dans mon quartier. Ma femme me demande d’aller chercher de l’eau à la fontaine du coin d’En Haut, près du temple de Belmont, un seau dans chaque main. Et voilà t’y pas que je rencontre telle voisine et tel voisin, et que nous nous arrêtons pour nous parler, comme jamais nous ne le faisons ! J’ai failli écrire une lettre au service technique de ma commune pour lui demander de programmer une coupure d’eau par semaine !

Autre chose – mais quel contraste – lorsqu’une file de voitures se forme au « carwash » du coin pour les ablutions dominicales modernes: on attend son tour sans prendre le temps de se parler, chacun rivé dans son siège avec sa musique. Quant à l’eau qui désaltère, je me souviendrai toujours de ce vieil homme accompagné par les siens de fin mars à mi-avril, et qui disait souvent : « J’ai soif. » C’était mon père. Il s’abreuvait d’eau, mais aussi de culture et de bible. Mais aussi de vie communautaire dans sa paroisse, lors d’une prière en semaine ou le dimanche au culte.

La question qui me taraude – et qui taraude plus d’un collègue – est la suivante : pour chaque fidèle paroissien qui s’en va, y en aura-t-il au moins un autre pour éviter que la communauté ne devienne un désert ? Peut-être que si l’on nous « coupait l’eau » dans un protestantisme confortablement individualiste, on retrouverait les chemins de la vie communautaire. Elle est comme une fontaine ! En allant s’y ressourcer, on y découvre non seulement la Source, mais encore des frères et des soeurs. // Jean-Baptiste Lipp, pasteur