Depuis notre genèse, notre tâche d’humains est d’habiter la terre. Oui, mais de quelle manière ? Nous Occidentaux, abordons le monde avec une « raison armée » (J.-Y. Baziou), c’est-à-dire une raison qui veut affronter, voire combattre l’autre (autrui, la nature, même Dieu). Nous cherchons à arraisonner l’autre : culture de la captation, de la maîtrise. Or l’intérêt pour la beauté, et la création artistique indiquent une autre manière de se tenir dans le monde. C’est la contemplation : laisser venir l’autre à soi, se laisser faire, consentir à recevoir avant de prendre. Ne nous serait-il pas salutaire de vivre cette attitude face aux réalités existentielles, l’amour, la vie, la souffrance, la mort, la résurrection du Christ et la nôtre ? Le matin de Pâques, Marie de Magdala entend l’étrange jardinier lui déclarer : « Ne me retiens pas ! » (Jean 20, 17). Nos frères orthodoxes m’apparaissent plus familiers de cette seconde attitude. A témoin cette parole d’un des leurs, le théologien Paul Evdokimov (1901-1970) : « Le mystère, ce n’est pas ce que nous comprenons, mais c’est ce qui nous comprend. »